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viernes, 2 de junio de 2017

Ce qu'il pense aujourd'hui

Notre esprit n'est que vent, et comme un vent volage,
Ce qu'il nomme constance est un branle rétif,
Ce qu'il pense aujourd'hui, demain n'est qu'un ombrage,
Le passé n'est plus rien, le futur un nuage,
Et ce qu'il tient présent, il le sent fugitif.
 

Etienne Durand
Stances à l'Inconstance

miércoles, 22 de marzo de 2017

Les arbres frissonnent comme des méduses

Les cheveux qui sont l'âge de l'amour
Comme le vin qui coule dans les doigts
Souviens-toi souviens-toi des fleurs de la terre
La honte portait ta tête dans un sac
Mille éboulements marquaient tes pas
Tu es là-haut sur la colline
Où la lune pose ses grandes orgues froides
Les arbres frissonnent comme des méduses
Mais tu ne crois pas à ces cris naturels
Si les montagnes pouvaient toucher à l'air
Et par lui rejondre les saisons
Tu marcherais sur la route du ciel

Georges Schehadé
 Les cheveux qui sont l'âge de l'amour...


martes, 14 de marzo de 2017

La vie enclose

Ici, l’Empire au centre du monde. La terre
ouverte au labeur des vivants. Le continent
milieu des Quatre-mers. La vie enclose,
propice au juste, au bonheur, à la conformité.

Où les hommes se lèvent, se courbent, se
saluent à la mesure de leurs rangs. Où les
frères connaissent leurs catégories: et tout
s’ordonne sous l’influx clarificateur du Ciel.

Là, l’Occident miraculeux, plein de
montagnes au-dessus des nuages; avec ses
palais volants, ses temples légers, ses tours
que le vent promène.

Tout est prodige et tout inattendu: le confuss
s’agit: la Reine aux désirs changeants tient
sa cour. Nul être de raison jamais ne s’y aventure.

Son âme, c’est vers Là que, par magie,
Mou-wang l’a projetée en rêve. C’est vers là qu’il veut porter ses pas.

Avant que de quitter l’Empire pour
rejoindre son âme, il en a fixé, d’Ici, le départ.
 



Victor Segalen
Départ

sábado, 18 de febrero de 2017

le monde las

Oh tremble, tremble
corps creusé par le sang et qui ruses, sentantsans cesse t'ébranler le bélier… Ce bruit lourdpar l'oubli engourdi, mais qui reprend, prolongela peur, devient panique et dur, atteint l'azur, faisant crouler le jour dans le sang, et le sangdans l'absence… Et les tours, les tombes et les templestombés, les monts rasés, le monde las, contempleô Mort ! la cendre d'or de l'étendue, l'encens.
 
Pierre Emmanuel
A Gerard Manley Hopkins

viernes, 3 de febrero de 2017

quelque chose que je ne trouve pas dans les livres.

Ce n'est pas cela. J'essaie de conserver mon corps en bon état. Je suis peut-être mort, je ne sais pas. Il y a quelque chose qu'il faudrait faire, que je ne fais pas. On ne m'a pas appris. Cette année, j'ai beaucoup vieilli. J'ai fumé huit mille cigarettes. Souvent j'ai eu mal à la tête. Il doit pourtant y avoir une façon de vivre ; quelque chose que je ne trouve pas dans les livres. Il y a des êtres humains, il y a des personnages ; mais d'une année sur l'autre c'est à peine si je reconnais leurs visages.
Je ne respecte pas l'homme ; cependant, je l'envie.
 

Michel Houellebecq
Ce n'est pas cela...

sábado, 28 de enero de 2017

Poème pour l'aube

les fougues de chair vive
aux étés de l'écorce cérébrale
ont flagellé les contours de la terre
les ramphorinques dans le sarcasme de leur queue
prennent le vent
le vent qui n'a plus d'épée
le vent qui n'est plus qu'une gaule à cueillir les fruits de toutes les saisons du ciel
mains ouvertes
mains vertes
pour les fêtes belles des fonctions anhydrides
il neigera d'adorables crépuscules sur les mains coupées des mémoires respirantes
et voici
sur les rhagades de nos lèvres d'Orénoque désespéré
l'heureuse tendresse des îles bercées par la poitrine adolescente des sources de la mer
et dans l'air et le pain toujours renaissant des efforts musculaires
l'aube irrésistible ouverte sous la feuille
telle clarteux l'élan épineux des belladones
 
Aimé Césaire

viernes, 20 de enero de 2017

Mais il dit oui avec le coeur

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.
 

Jacques Prévert
 Le cancre

domingo, 13 de noviembre de 2016

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
 
 
Paul Verlaine
My reve

domingo, 25 de septiembre de 2016

Permit me to issue

Permit me to issue
and control the money of a nation,
and I care not
who makes its laws.

Mayer Anselm Rothschild Banker

domingo, 3 de abril de 2016

...essentiel est invisible pour les yeux.

«Je dois mon secret ici, il ne peut pas être plus simple: seulement avec le cœur que l'on ne voit bien ce qui est essentiel est invisible pour les yeux ".


Antoine de Saint Exupéry
Le Petit Prince
Chapitre XXI

jueves, 31 de marzo de 2016

J’étais l’éclair éteint et le rêve détruit…

Vertigineusement, j’allais vers les Etoiles…
Mon orgueil savourait le triomphe des dieux,
Et mon vol déchirait, nuptial et joyeux,
Les ténèbres d’été, comme de légers voiles…

Dans un fuyant baiser d’hymen, je fus l’amant
De la Nuit aux cheveux mêlés de violettes,
Et les fleurs du tabac m’ouvraient leurs cassolettes
D’ivoire, où tiédissait un souvenir dormant.

Et je voyais plus haut la divine Pléiade…
Je montais… J’atteignais le Silence Eternel…
Lorsque je me brisai, comme un fauve arc-en-ciel,
Jetant des lueurs d’or et d’onyx et de jade…

J’étais l’éclair éteint et le rêve détruit…
Ayant connu l’ardeur et l’effort de la lutte,
La victoire et l’effroi monstrueux de la chute,
J’étais l’astre tombé qui sombre dans la nuit.
 


Renée Vivien
La fusée

domingo, 14 de febrero de 2016

Les charmes de la nuit

Quand on confie son corps aux charmes de la nuit
Il semble voir paraître à travers la fenêtre
Le visage lointain de ceux que l'on connut
où étiez-vous? où était-elle? où serons-nous?
Le temps qui s'abolit et renaît de lui-même
ne répond même pas aux questions des passants,
Ces fleurs qui s'effeuillaient ces souffles oubliés
ont atterri bien loin sur des terres nouvelles
on les voit resplendir à l'éclair des prunelles
dans un accent de voix dans un geste inutile
Ils mourront tous à l'heure dite à la va-vite
Ces yeux s'éloigneront ainsi que deux lanternes
que l'on voit disparaître aux routes en forêts
Ces yeux reparaîtront on reverra leur cerne
on ressent leur regard Eh quoi ce n'est pas eux
La vie est parcourue de fantômes futiles
De loin on reconnaît la démarche amicale
Et de près ce n'est plus qu'une vaine vapeur
Squelette ridicule ou burlesque brouillard
allez-vous-en allez-vous-en je ne crains plus
que le mystère enclos dans la réalité.
 

Robert Desnos

domingo, 22 de noviembre de 2015

Le temps, le temps très vieux qui prépare sa vengeance

Il y a toujours une ville, des traces de poètes
Qui ont croisé leur destinée entre ses murs
L'eau coule un peu partout, la mémoire murmure
Des noms de ville, des noms de gens, trous dans la tête.

Et c'est toujours la même histoire qui recommence,
Horizons effondrés et salons de massages
Solitude assumée, respect du voisinage,
Il y a pourtant des gens qui existent et qui dansent.

Ce sont des gens d'une autre espèce, d'une autre race,
Nous dansons tout vivants une danse cruelle
Nous avons peu d'amis mais nous avons le ciel,
Et l'infinie sollicitude des espaces;

Le temps, le temps très vieux qui prépare sa vengeance,
L'incertain bruissement de la vie qui s'écoule
Les sifflements du vent, les gouttes d'eau qui roulent
Et la chambre jaunie où notre mort s'avance.
 
Michel Houellebecq
So long

martes, 10 de noviembre de 2015

des nuits trop longues et de l’autre, éternelle.

Derrière la fenêtre dont on a blanchi le cadre
(contre les mouches, contre les fantômes),
une tête chenue de vieil homme se penche
sur une lettre, ou les nouvelles du pays.
Le lierre sombre croît contre le mur.
Gardez-le, lierre et chaux, du vent de l’aube,
des nuits trop longues et de l’autre, éternelle.

Philippe Jaccottet
Derrière la fenêtre...

lunes, 26 de octubre de 2015

J'ai eu le courage de regarder en arrière...

J'ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pourrissent dans les églises italiennes
Ou bien dans de petits bois de citronniers
Qui fleurissent et fructifient
En même temps et en toute saison
D'autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
Où d'ardents bouquets rouaient
Aux yeux d'une mulâtresse qui inventait la poésie
Et les roses de l'électricité s'ouvrent encore
Dans le jardin de ma mémoire
 
Guillaume Apollinaire

lunes, 12 de octubre de 2015

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
 

Arthur Rimbaud
Sensation

jueves, 20 de agosto de 2015

Mieux vaut ne pas guérir si c'est pour rentrer sagement dans la vie et ses devoirs....

C'est aussi que la recherche scrupuleuse de la vérité, l'absurde prétention à tout dire sont des instances auxquelles se soumettre reviendrait à s'enfermer dans les limites d'un dessein et manquer du même coup par souci de probité ce que les seules forces du hasard sans cesse remises en jeu à la faveur du langage et conditionnées par lui désignent au point le plus reculé comme le centre actif, la substance souterraine dont l'être se nourrit, quelle que soit la perte d'intensité qu'entraîne une représentation approximative qui, liée à la durée changeante d'une vie, doit varier ses reprises et s'en remettre pour chacune d'elles aux occasions de la chance, hors de toute sujétion à un ordre préétabli ou de conformité respectueuse à la réalité des faits derrière laquelle se dissimule comme la braise sous la cendre ce que les mots ont pour mission de ranimer.
(...)

De ce chaos désolé tout cependant l'engagerait à se détourner, si ce n'était ruiner le mouvement qui l'y a conduit, signer son échec avant même d'avoir échoué. Il lui faut donc aller son chemin jusqu'aux bornes extrêmes de l'endurance, dût-il se déchirer cruellement aux épines, traverser en suffoquant tous les feux de l'enfer pour ne déclarer forfait qu'à la veille d'en toucher le terme qui sera le moment de mourir comme chacun sans avoir établi sa preuve.
(...)

Quiconque refuse le fait accompli entre en hostilité avec lui-même et, livré sans rémission à tous les raffinements de la conscience et de son malheur, ne retrouvera jamais le repos, à moins de tabler par un lâche calcul sur les effets thérapeutiques du temps pour empêcher qu'elle le commande et le détruise, mais même si le besoin de souffler un peu devait un jour y conduire, comment vouloir d'un tel repos qui aurait le sens d'une trahison ?

Mieux vaut ne pas guérir si c'est pour rentrer sagement dans la vie et ses devoirs où, toute vision disparue, il n'y aurait d'autre lien entre eux que la distance infranchissable qui les sépare, d'autres recours contre les larmes qu'une volonté de désaffection, un sombre renoncement, la soumission aux réalités contraignantes dont l'esprit profondément atteint s'était détourné, opposant au monde étroit de la raison sa douleur infinie.
 
Louis-René des Forêts
Ostinato

jueves, 6 de agosto de 2015

Le ciel était charmant, la mer était unie

Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
Et planait librement à l'entour des cordages;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages;
Comme un ange enivré d'un soleil radieux.

Quelle est cette île triste et noire? - C'est Cythère,
Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons
Eldorado banal de tous les vieux garçons.
Regardez, après tout, c'est une pauvre terre.

- Ile des doux secrets et des fêtes du coeur!
De l'antique Vénus le superbe fantôme
Au-dessus de tes mers plane comme un arôme
Et charge les esprits d'amour et de langueur.

Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des coeurs en adoration
Roulent comme l'encens sur un jardin de roses

Ou le roucoulement éternel d'un ramier!
- Cythère n'était plus qu'un terrain des plus maigres,
Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
J'entrevoyais pourtant un objet singulier!

Ce n'était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entre-bâillant sa robe aux brises passagères;

Mais voilà qu'en rasant la côte d'assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
Nous vîmes que c'était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.

De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
Dans tous les coins saignants de cette pourriture;

Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré
Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses,
Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices,
L'avaient à coups de bec absolument châtré.

Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
Le museau relevé, tournoyait et rôdait;
Une plus grande bête au milieu s'agitait
Comme un exécuteur entouré de ses aides.

Habitant de Cythère, enfant d'un ciel si beau,
Silencieusement tu souffrais ces insultes
En expiation de tes infâmes cultes
Et des péchés qui t'ont interdit le tombeau.

Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes!
Je sentis, à l'aspect de tes membres flottants,
Comme un vomissement, remonter vers mes dents
Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes;

Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
J'ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
Des corbeaux lancinants et des panthères noires
Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.

- Le ciel était charmant, la mer était unie;
Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
Hélas! et j'avais, comme en un suaire épais,
Le coeur enseveli dans cette allégorie.

Dans ton île, ô Vénus! je n'ai trouvé debout
Qu'un gibet symbolique où pendait mon image...
- Ah! Seigneur! donnez-moi la force et le courage
De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût!

Charles Baudelaire
Un voyage à Cythère

miércoles, 29 de julio de 2015

Il est vrai

Il est vrai que ce monde où nous respirons mal
N'inspire plus en nous qu'un dégoût manifeste,
Une envie de s'enfuir sans demander son reste,
Et nous ne lisons plus les titres du journal.

Nous voulons retourner dans l'ancienne demeure
Où nos pères ont vécu sous l'aile d'un archange,
Nous voulons retrouver cette morale étrange
Qui sanctifiait la vie jusqu'à la dernière heure.

Nous voulons quelque chose comme une fidélité,
Comme un enlacement de douces dépendances,
Quelque chose qui dépasse et contienne l'existence ;
Nous ne pouvons plus vivre loin de l'éternité.
 
Michel Houellebecq

viernes, 10 de julio de 2015

déchire l’immensité

(...)
la folie ailée ma folie
déchire l’immensité
et l’immensité me déchire

je suis seul
des aveugles liront ces lignes
en d’interminables tunnels

je tombe dans l’immensité
qui tombe en elle­même
elle est plus noire que ma mort

le soleil est noir
la beauté d’un être est le fond des caves un cri
de la nuit définitive

ce qui aime dans la lumière
le frisson dont elle est glacée
est le désir de la nuit
(...) 
 

Georges Bataille
L’ archangélique
(1897-1962)